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Des tonnes de médicaments rejetés dans les cours d'eau
Des tonnes de médicaments rejetés dans les cours d'eau
(Est-ce vraiment différent au Canada ?)
L'industrie américaine, notamment le secteur pharmaceutique, a, en toute légalité, déversé au moins 123 000 tonnes de produits chimiques dans des cours d'eau qui pour beaucoup servent à la fourniture d'eau potable, et les autorités ont largement fermé les yeux sur cette contamination, montre une étude de l'Associated Press.
Des centaines de substances actives sont concernées. Par exemple, le lithium qui permet de produire des céramiques et de traiter les troubles bipolaires; la nitroglycérine utilisée sous la forme d'un médicament pour le cœur et dans les explosifs; ou encore le cuivre qui apparaît dans la fabrication d'un large éventail de produits, des tuyaux aux contraceptifs...
Les autorités américaines affirment ignorer l'ampleur des rejets, faute de données. Mais une étude minutieuse de 20 années d'archives officielles montre qu'en fait, le gouvernement a compilé des statistiques sur certaines substances.
Dans le cadre de son enquête PharmaWater sur les résidus de produits pharmaceutiques dans l'eau potable, l'AP a identifié 22 composés apparaissant sur une liste de l'Agence de protection de l'environnement (EPA) et une autre de l'Autorité de contrôle des aliments et des médicaments (FDA).
On ne sait pas précisément quelle proportion des 123 000 tonnes viennent des compagnies pharmaceutiques. En outre, ce chiffre est très inférieur à la réalité, faute d'une réelle volonté des autorités de connaître le volume global des rejets.
Les sociétés pharmaceutiques nient contribuer de manière importante à cette pollution, et les autorités sont d'accord avec cet argument. Mais certains chercheurs dénoncent une législation laxiste, qui permet aux pouvoirs publics de se réfugier dans la politique de l'autruche.
Dire que « les sociétés pharmaceutiques ne rejettent aucun des composés qu'elles créent » ne tiendrait pas la route si on menait des tests sérieux, souligne Kyla Bennett, une ancienne fonctionnaire de l'EPA, aujourd'hui avocate spécialisée dans la défense de l'environnement.
Des études pilotes aux États-Unis et ailleurs confirment ces doutes. L'an dernier, l'AP a rapporté que des traces de nombreuses substances pharmaceutiques - antibiotiques, anticonvulsifs, stabilisateurs d'humeur ou encore hormones sexuelles - étaient présentes dans les sources d'eau potable aux États-Unis. Elles ont été détectées dans l'eau potable d'au moins 51 millions d'Américains.
Reste que la plupart des villes et compagnies américaines de distribution d'eau ne conduisent pas de test. Or, des scientifiques affirment qu'il suffit de chercher cette pollution pour la trouver, et ce, dans tout le pays.
Les particuliers sont considérés comme les principaux contributeurs à cette contamination, en raison de leur consommation de médicaments. L'AP a également découvert que 113.000 tonnes de produits pharmaceutiques et d'emballages contaminés étaient rejetés chaque année par les hôpitaux et établissements médicalisés.
Même à des concentrations extrêmement diluées, les médicaments peuvent affecter les poissons, les grenouilles et d'autres espèces aquatiques. Des études ont également montré que des cellules humaines ne se développaient pas normalement en laboratoire lorsqu'elles étaient exposées à des traces de certains médicaments. Certains scientifiques s'inquiètent de plus en plus du possible impact sur la santé humaine à long terme de l'ingestion d'un cocktail de nombreux médicaments, même en faible quantité.
De leur côté, les sociétés chargées de sa distribution assurent qu'on peut consommer l'eau sans risque. Les scientifiques, les médecins et l'EPA expliquent qu'il n'y a pas de risques confirmés pour l'homme liés à l'ingestion de résidus de médicaments. Mais ils conviennent également qu'on ne peut exclure d'éventuels dangers pour la santé, notamment au vu des études les plus récentes.
Le phénol et le péroxyde d'hydrogène, deux substances chimiques industrielles répandues et utilisées dans le secteur pharmaceutique, représentent 92% des 123.000 tonnes identifiées. Elles peuvent être toxiques et sont considérées comme omniprésentes dans l'environnement.
Toutefois, «la liste des 22» mentionne d'autres rejets inquiétants: 3600 tonnes d'hydroquinone, utilisé dans des crèmes pour blanchir la peau, 1400 tonnes de nicotine, notamment présent dans les patchs anti-tabac, ou encore 4,5 tonnes de l'antibiotique tétracycline hydrochloride.
Les groupes pharmaceutiques affirment respecter la législation américaine. Mais aucune des grandes sociétés sollicitées par l'AP n'a répondu directement à cette question simple: avez-vous testé les eaux usées de vos usines pour savoir si elles contiennent des substances pharmaceutiques, et si oui, qu'avez vous découvert?
«Selon des études des 20 dernières années que nous avons examinées, les sites de production pharmaceutiques ne sont pas une source importante de produits pharmaceutiques qui constitue un risque pour l'environnement», affirme GlaxoSmithKline dans un communiqué. Selon AstraZeneca, ses procédés de fabrication «sont conçus pour éviter, ou autrement minimiser la perte de produit dans l'environnement», affirme sa porte-parole Kate Klemas.
Un autre géant du secteur, Pfizer, a reconnu avoir testé certaines de ses eaux usées, mais uniquement sur des sites à l'étranger. Les résultats montrent que le fonctionnement de ces usines ne présente pas de danger pour la santé humaine et l'environnement, affirme Frank Mastrocco, directeur de la communication sur les risques, qui n'a toutefois divulgué aucun chiffre.
Est-ce différent au Canada ? L'eau des grans lacs, ne coule-t-elle pas dans le fleuve?
Pourquoi faire confiance et laisser aux autres le choix de la qualité de l'eau que nous offrons à notre famille ?
Claude Jalbert, Fondateur d'Eau Renaissance




